Édito. Un festival pour nos dix ans

Pour fêter nos dix années d’ateliers de formation au Burkina Faso, que rêver de mieux que le premier Festival international des radios d’Afrique francophone (FIRAF) organisé par un de nos anciens stagiaires, Abdoulaye Ouattara ?

Nous avons rencontré Abdoulaye en mars 2009, lors d’une mission exploratoire financée par la Région Rhône-Alpes, mission au cours de laquelle nous avons signé une convention avec l’Union des journalistes, communicateurs et correspondants de presse des Hauts-Bassins (UJCCP-HB) présidée par notre ami Mountamou Kani. Secrétaire général de l’UJCCP-HB, Abdoulaye a ensuite bénéficié du dispositif régional d’échanges professionnels lui permettant d’obtenir un Master 2 en journalisme à l’Institut de la Communication (ICOM) de l’Université Lumière-Lyon 2. Et il est aujourd’hui, entre autres, correspondant de RFI.

Quant on constate le chemin parcouru par Abdoulaye mais aussi par Bassératou, Paul, Fabé, Aminata, Safiatou, Moussa et tant d’autres, sans oublier Alhousseini, Fata, Adian, Fatou et les autres journalistes et animateurs radio de la Région de Tombouctou qui ont rejoint depuis 2013 le groupe burkinabè à Bobo-Dioulasso, on ne peut que ressentir de la fierté et de la reconnaissance envers tous ces jeunes professionnels qui nous ont fait confiance.

Heureux aussi de voir que la relève est assurée, au niveau des formateurs mais également en ce qui concerne les formations puisque la coopération entre Lyon 2 et l’Université Nazi Boni (UNB) de Bobo-Dioulasso nous a permis de mettre en place en 2017 l’Institut des médias qui a cette année intégré l’UFR Sciences humaines, Lettres, Arts et Médias de l’UNB.

Ce festival, dont nous étions partenaires, a fait l’objet d’une couverture médiatique par nos stagiaires maliens et burkinabè réunis une dernière fois grâce au soutien de la Région Auvergne-Rhône-Alpes et de la Ville de Lyon. L’atelier a consisté à réaliser au jour le jour  comptes-rendus, interviewes, échos tandis que Bacary Goudiaby, membre de Reporters solidaires, filmait les échanges. Au final, le fruit de ce labeur intense, nécessitant de longues journées, est rassemblé dans ce Bobo Info 10 à présent entre vos mains.


Le thème choisi par les organisateurs : « radios et lutte contre le terrorisme » illustre malheureusement ce qui nous rapproche, au-delà de notre métier : l’insécurité, plus marquée bien sûr au Sahel, et les risques d’attentats, partout dans le monde. « Les journalistes se retrouvent entre le marteau et l’enclume », résume Abdoulaye, entre leur devoir d’informer et leur responsabilité sociale qui les conduit parfois à l’autocensure. Si l’enjeu médiatique est devenu « une arme de communication massive » selon un ouvrage collectif publié par le CNRS, les journalistes en sont bien évidemment tout à la fois les détenteurs et  les victimes.

Christine Cognat

Présidente de Reporters solidaires

Ils l’ont fait!

Encadrement : Christine Cognat, Bacary Goudiaby, Jean-François Richard, Moussa Sanon, Francis Viailly.

Première édition du FIRAF: Le terrorisme au cœur des échanges

La première édition du Festival international des Radios d’Afrique Francophone (FIRAF) se tient du 11 au 13 Février 2019 à la Maison de la Culture de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso, sur le thème «Radio et lutte contre le terrorisme : responsabilité sociale du journaliste et obligation professionnelle ». Pour le commissaire du FIRAF,  Abdoulaye Ouattara : « l’objectif de ce festival est de créer un cadre de partage entre les journalistes ». « La radio est un outil essentiel pour rassembler et sensibiliser une population », ajoute-t-il.

La présidente de l’association Reporters solidaires partenaire de l’évènement, Christine Cognat, déclare que l’enjeu de « ce festival est primordial (…) car la communication est devenue une arme de guerre, parfaitement maitrisée par les terroristes ». Elle rapporte les propos d’un expert américain, Brian Jenkins, qui affirme que : « le terrorisme ne vise pas ses vraies victimes, mais celles qui regardent ». D’où le rôle joué par les médias.

Pendant trois jours, une centaine de participants, en majorité des journalistes maliens et burkinabè, vont suivre attentivement les échanges et écouter les témoignages de leurs confrères venus du nord de ces deux pays. La présence de représentants des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) montre l’intérêt porté par ces derniers au rôle de la presse dans la lutte contre le terrorisme. Elle va permettre de dépasser la méfiance réciproque des protagonistes, de rappeler les particularités de chacun et de jeter les bases d’une collaboration « au service du public ».

Jour I: radio, réseaux sociaux et démocratie


La première journée du FIRAF consacrée à la place de la radio en Afrique francophone a permis de rappeler le rôle de la presse dans une démocratie

Le premier intervenant de la journée, Guézouma Sanogo, président de l’Association des journalistes du Burkina, regrette « le réveil tardif » des hommes de radio dans la lutte contre le terrorisme. Avant de constater que malgré les efforts des uns et des autres, le journaliste se retrouve dans le dilemme suivant: « informer ou s’autocensurer ».

Paul-Miki Rouamba, rédacteur en chef de la radio Ouaga FM, insiste pour sa part sur l’avantage des radios à diffuser l’information en temps réel et met l’accent sur la nécessaire formation continue des journalistes.

Il évoque ensuite longuement les émissions interactives qui donnent la parole aux auditeurs tout en signalant que ces émissions « sans filtrage » doivent être encadrées.

Pour Paul-Miki Rouamba, « le journaliste doit faire preuve de nationalisme dans le traitement de l’information en période de crise sécuritaire« . Dans ce contexte marqué par le terrorisme, l’animateur de l’émission interactive matinale « Affairage » prône une « nouvelle façon de faire la radio ». Il insiste surtout sur l’obligation de ne pas stigmatiser les communautés.

ITW de Paul-Miki Rouamba

Propos recueillis par Fatalmoudou Traoré (Radio Diiri FM-Diré) et Mossa Traoré (Radio Diiri FM-Diré)

Le danger des réseaux sociaux

Aziz Bamogo, vice-président du Conseil supérieur de la communication, intervenant sur le thème « Radio et évolution des opinions publiques en Afrique », commence par démontrer le rôle social de la radio. Selon lui, « la radio est un outil pratique, simple et indispensable pour former, informer et divertir ». « C’est un média d’accompagnement qui est flexible et accessible à toutes les couches sociales, qu’elles soient instruites ou non », ajoute-t-il. L’analphabétisme ne constitue donc pas un obstacle à l’utilisation de la radio.

Pour montrer à quel point les médias peuvent être influents, le conférencier s’inspire de l’affaire Dreyfus, un officier français condamné pour trahison à la fin du XIXe siècle sous la pression de journaux antisémites (cf. En bref ci-dessous).

Par ailleurs, Aziz Bamogo souligne les dangers liés aux réseaux sociaux. Il déplore le fait qu’ils soient devenus des moyens d’information pour le citoyen lambda. Or, ces informations non vérifiées ne proviennent pas forcement de sources fiables et crédibles. « Aujourd’hui, tout le monde se dit journaliste », affirme-t-il. Cette situation constitue une menace pour la démocratie. Aussi propose-t-il de mettre en place un mécanisme de régulation des réseaux sociaux et de mieux contrôler les émissions interactives.

ITW de Aziz Bamogo

Propos recueillis par Agaïchatou Walet Hamada (Radio Alkabar FM-Gourma-Rharous), Moussa Sanou (Radio Amazone – Bobo-Dioulasso) et Alhousseini Alhadji (Radio Jamana-Tombouctou)

Le dernier point évoqué par le vice-président du CSC concerne les subventions accordées à la presse censées faciliter le travail des journalistes pour mener à bien leur mission. Il conclut en incitant tout un chacun à prôner l’éducation des jeunes sur l’utilisation des réseaux sociaux. « Il faudrait socialiser les techniques et non techniciser la société ».

Mariétou Macalou (Radio Kayesienne – Kayes), Kadia Mahamane Touré (Bouctou FM –Tombouctou), Mahamadoun Guindo (Radio Issaber –Niafunké), Romuald Dofini (Radio municipale de Sya –Bobo-Dioulasso)

En bref…

Responsabilité

Au cours des échanges entre les intervenants et la salle,  est soulevée la question de savoir si les journalistes doivent  être  soumis à une responsabilité sociale ou à une responsabilité professionnelle. La responsabilité professionnelle est basée sur le professionnalisme, le métier de journaliste proprement dit, le respect de la loi et de la déontologie ainsi que la réflexion éthique censés répondre à toutes les situations. Quant à la responsabilité sociale, elle tend à considérer le journaliste comme un acteur de la société civile accompagnant les autorités dans la lutte contre le terrorisme et dans le développement du pays en diffusant essentiellement des messages éducatifs. Le débat reste ouvert !

Contamination

« Ah, le Nord Mali, c’est vous qui nous avez contaminés et à présent nous sommes dans le même bateau ». L’entrée en matière de la conférence de Guézouma Sanogo, président de l’Association des journalistes du Burkina, en guise de salutation à nos consœurs et confrères venus de la Région de Tombouctou, stupéfie la salle. Nuançant son propos, l’orateur bat quelque peu sa coulpe en ajoutant : « si on avait réfléchi avant, nous n’en serions pas là ». Ce qui n’est pas sans rappeler le gingle d’Horizon FM reprenant un proverbe africain qui dit à quelques mots près : « si la case de ton voisin brûle, ne te réjouis pas car cela peut t’arriver aussi ! ».

Victimes collatérales

Aux débats s’est invitée la question peule qui concerne le Burkina comme le Mali. Le conflit entre les éleveurs peuls et les agriculteurs d’autres communautés existe depuis longtemps. Mais ce conflit a pris aujourd’hui de l’ampleur, les Peuls étant accusés de complicité avec les  terroristes au pays Dongon comme au Nord-est du Burkina où des milices koglwéogo ont exterminé récemment plus de 200 personnes. Ce conflit est utilisé par les groupes armés  pour monter les ethnies les unes contre les autres et les Peuls sont devenus les principales victimes collatérales du terrorisme.

Dreyfus

Pour illustrer le rôle des médias dans la construction de l’opinion publique, Aziz Bamogo, vice-président du  Conseil supérieur de la Communication, rappelle l’affaire Dreyfus. En 1894 ce capitaine juif de l’armée française, d’origine alsacienne, a été condamné au bagne à perpétuité pour trahison, en grande partie en raison de l’acharnement contre lui des journaux antisémites de l’époque. En 1898, l’acquittement du véritable coupable a provoqué le fameux «J’accuse» d’Emile Zola à la Une de l’Aurore et un retournement de l’opinion publique. Dreyfus fut gracié mais la polémique, alimentée par une presse divisée, ne s’acheva qu’en 1906 avec un jugement de la Cour de cassation innocentant et réhabilitant Alfred Dreyfus.

Echos rédigés par Safiatou Ouédraogo (Radio municipale de Sya- Bobo-Dioulasso), Fatoumata Niang (Radio Issaber-Niafunké), Chéri Fatou Dramé (Ouaga FM –Bobo-Dioulasso), Mohamed Touré (Radio Alkabar –Gourma-Rharous) et Oumar Traoré (Radio Ahmadia- Bobo-Dioulasso)


Jour II : les risques du métier

La deuxième journée du FIRAF permet d’entendre les témoignages de journalistes vivant dans les zones d’insécurité au Burkina et au Mali, de donner quelques règles de comportement aux journalistes en milieu hostile et de rappeler le rôle social et de veille des radios dans la lutte contre le terrorisme

L’assistance est composée essentiellement de professionnels des médias venus du Burkina et du Mali, particulièrement sensibles à cette problématique de l’insécurité.

Premier à s’exprimer, Alhousseini Alhadji, directeur de Radio Jamana à Tombouctou, dépeint les conditions auxquelles il est confronté.

Il évoque d’abord la période d’occupation où il n’y avait plus qu’une seule radio encore opérationnelle mais aux mains  des jihadistes. Il parle ensuite de la collusion entre les séparatistes et les jihadistes et de la difficulté pour le journaliste de savoir qui est qui. Il insiste surtout sur la nécessité de ne pas nommer « terroristes », mais plutôt « jihadistes » les auteurs de violences parce que c’est le nom qu’ils veulent qu’on leur donne. « Exercer réellement le métier de journaliste dans le Nord du Mali, plus précisément à Tombouctou, est un dilemme », souligne-t-il. « Nombreux sont les journalistes de cette région qui, pour survivre, préfèrent garder le silence sur certains faits et doivent surtout faire preuve de vigilance ».

ITW de Alhousseini Alhadji

Propos recueillis par Chéri Fatou Dramé (Ouaga FM-Bobo-Dioulasso) et Mahamadou Guindo (radio Issaber-Niafunké)

Pour Alhousseini Alhadji, le journaliste dans son travail doit éviter des comportements suicidaires, « car un bon journaliste c’est d’abord un journaliste vivant ».

Des émissions pour lutter contre la radicalisation

De son coté, Roger Sawadogo, directeur de la radio La Voix du Soum et du journal Le Soleil à Djibo, ville située au nord du Burkina à la frontière malienne, précise que sa région a déjà supporté plus de 60% des attaques terroristes du pays. Il relate les difficultés qu’il rencontre dans son métier de journaliste.

Pour lui, les ennuis ont commencé lorsque l’association «Al Irhad» a demandé à avoir une émission religieuse, confiée à un imam, Boureima Dicko dit « Malam », qui est allé ensuite se radicaliser au Mali. A son retour à Djibo, Malam a demandé à ses disciples de passer du prêche à la lutte armée. Certains ont refusé, dont celui qui l’avait remplacé à la radio et qu’il a fait assassiner. Au fil du temps, les conditions de travail se sont détériorées et un autre collaborateur de Roger Sawadogo a été lui aussi assassiné.

ITW de Roger Sawadogo

Propos recueillis par Mariétou Macalou (Radio Kayesienne – Kayes), Safiatou Ouédraogo (Radio municipale de Sya- Bobo-Dioulasso et Kadia Mahamane Touré (Radio Bouctou FM – Tombouctou)

Dans ces conditions de plus en plus précaires, Roger Sawadogo a été obligé de revoir la grille de ses émissions pour lutter contre la radicalisation. Il s’est ainsi retrouvé « au cœur de la lutte armée », menacé par les groupes terroristes et surveillé par les Forces de Défense et de Sécurité (FDS), obligé de prendre de nombreuses mesures de sécurité et de communiquer par SMS. Il se sent en danger. Il a même dû envoyer sa famille à Ouagadougou. Mais il a décidé quant à lui de rester à Djibo pour continuer à exercer son métier alors même qu’il n’a obtenu ni aide du gouvernement ni soutien de la profession.

Manque de formation

Pour évoquer le comportement des journalistes en milieu hostile, c’est Jean-François Richard, ancien rédacteur en chef de l’Agence France presse (AFP) qui expose les mesures préconisées. Spécialiste des questions de sécurité pour avoir préparé la couverture de nombreux conflits (Yougoslavie, Irak, Syrie, pour ne citer que ceux-là), il précise d’abord que pour un journaliste, travailler en milieu hostile signifie « subir des agressions physiques ». Il fait ensuite un petit rappel historique de quelques grands conflits mondiaux et souligne que les véritables difficultés pour la profession sont apparues pendant la guerre au Liban et n’ont fait qu’empirer au fil des années.

Jean-François Richard estime que les journalistes ne sont pas suffisamment formés à ces opérations de terrain, surtout maintenant que l’acte terroriste peut se produire n’importe où et n’importe quand. Il préconise des formations spécifiques pour les journalistes qui vont couvrir les évènements en milieu hostile ou qui y vivent. Il leur faut apprendre à se protéger, à se mettre en sécurité et à gérer le stress dont les conséquences peuvent être dramatiques s’ils n’y sont pas préparés.

ITW de Jean-François Richard

Propos recueillis par Fatoumata Niang (Radio Issaber-Niafunké) et Oumar Traoré (Radio Ahmadja-Bobo-Dioulasso)

Jean-François Richard insiste enfin sur le travail des « fixeurs », véritables guides des journalistes en milieu hostile qui paient un lourd tribut à ce travail d’aide à l’information.

Il conclut en affirmant, qu’en plus de l’évaluation des risques, il faut être vigilant en matière de Cybersécurité et ne jamais se séparer de son matériel informatique. 

L’Etat sur le bac des accusés

Pour le panel consacré au « Rôle social et d’éveil des radios dans la lutte contre le terrorisme », Mariétou Macalou, journaliste à Kayes et Soumaila Dagnogo, journaliste de la Radio Ciwara à Kadialo, interviennent tour à tour. Pour Mariétou Macalou qui travaille dans une zone non encore atteinte par l’insécurité, la radio est « un outil de conscientisation de la population puisqu’elle est audible par tous, y compris par les illettrés. Les messages radiophoniques peuvent transformer des auditeurs passifs en citoyens actifs, mais cela dépend de l’utilisation qu’on en fait ». Mariétou précise que la mission principale des journalistes et animateurs de radio est d’utiliser « les bons mots ». Elle pose aussi une question : « puisque les terroristes font un lavage de cerveau, pourquoi n’en ferions-nous pas  autant ? ». Comme la majorité de ses confrères et consœurs maliens, elle accuse l’Etat de ne rien faire et même de faire le travail des terroristes à leur place.

Quant à Soumaila Dagnogo, il insiste sur les conflits entre les communautés Peuhl et Dogon et l’absence  de l’Etat. Pour lui, « la mission de la radio, c’est que le pays tienne debout ».

Au cours cette 2ème journée du FIRAF, Moussa Zerbo, député de l’Assemblée nationale et membre du groupe parlementaire de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) développe son intervention autour de trois axes : le contexte de la radio en Afrique, son influence et son avenir.

Il regrette que le continent africain ne possède pas de radio internationale à l’image de RFI, ou de la Voix de l’Amérique. Il insiste aussi longuement sur le fait que la radio doit s’adapter à l’évolution de la société et que si elle ne le fait pas, elle sera vite remplacée par d’autres médias.

Alhousseini Alhadji (Radio Jamana-Tombouctou), Agaichatou Walet Hamada (Radio Alkabar FM-Gourma-Rharous), Aminata Sanou (Burkina 24-Bobo-Dioulasso)


Jour III : journalistes et forces de l’ordre

Cet acte 3 du Festival a pour ambition de favoriser une collaboration entre les radios, les gendarmes et les policiers pour mieux lutter contre le terrorisme. De passer du moins de la méfiance à la confiance.

« Se rencontrer ici, c’est déjà un départ pour une bonne collaboration », souligne le commissaire central de la police de la ville de Bobo-Dioulasso, Oumarou Songné. La rencontre de cette troisième journée du FIRAF entre Forces de Défense et de Sécurité (FDS) et les journalistes est très attendue. L’objectif est qu’ils se connaissent mieux pour mieux se comprendre.

En effet, comme le rappelle Oumarou Songné, « la sécurité est la première des libertés ». Il n’y a pas de liberté de la presse sans sécurité. Cependant, si tout le monde s’accorde pour affirmer qu’une collaboration est nécessaire entre journalistes et FDS qui sont tous au service de la population, « leurs méthodes et leurs moyens diffèrent », ainsi que le souligne l’adjudant de gendarmerie Karim Wandaogo, de la Direction régionale de la Communication et des relations publiques (DR-CRP).

Frères ennemis

La communication entre ces deux camps se heurte à des barrières. La première étant les préjugés que chacun a sur l’autre.  Les forces de l’ordre  traitent les journalistes « d’ingrats, de manipulateurs, de menteurs, d’agitateurs, de commerçants et de corrompus », selon Oumarou Songné. Tandis que Karim Wandaogo allonge la liste, en les accusant de privilégier le sensationnel, de ne pas aller à la source, de déformer l’information et d’attiser le feu. Rien de moins !

Mais les forces de l’ordre ne sont pas mieux loties, puisque toujours selon ces orateurs, les journalistes  leur reprochent « d’être arrogants, d’abuser de leur autorité, de ne pas être accessibles, d’être corrompus, de manquer d’efficacité et de professionnalisme et de cacher la vérité ».

A partir de ce constat plutôt négatif sur ce qu’on pourrait appeler des frères ennemis, les deux représentants des FDS tentent d’expliquer leur manière de travailler avec un slogan : « c’est en temps de paix qu’on assure la guerre ».

Interview de Oumarou Songné et Karim Wandaogo

Propos recueillis par Agaïchatou Walet Hamada (Radio Alkabar-Gourma-Rharous), Alhousseini Alhadji (Radio Jamana-Tombouctou) et Moussa Sanou (Radio Amazone-Bobo-Dioulasso)

Par exemple, si l’information n’est pas donnée à temps aux journalistes «qui sont dans l’urgence alors que les forces de l’ordre sont dans la prudence », c’est parce que les FDS doivent avoir l’autorisation de leur hiérarchie tandis que certaines informations ne doivent pas être diffusées, au nom du Secret défense ou du droit de réserve. Au cours des échanges qui suivent les conférences, il ressort également que les forces de l’ordre refusent l’accès d’un lieu où s’est produit un accident ou un attentat parce qu’il s’agit de scènes de crime dont il faut éviter de perdre les preuves.  

Du côté des journalistes qui, selon leur code de déontologie, « dénoncent des faits mais non des personnes », la collaboration avec les FDS ne doit pas porter atteinte à la protection de leurs sources, ce qui crée un malentendu entre ces deux camps. En tant que citoyen, un journaliste peut – et doit – alerter les FDS sur un projet d’attentat s’il en a connaissance sans dévoiler toutefois le nom de la personne qui  l’a informé car il perdrait la confiance de celle-ci et se couperait de ses sources.

La collaboration entre les FDS et les journalistes est donc souvent difficile bien qu’ils poursuivent le même objectif : la protection des populations. Le commissaire Songné propose des pistes de travail en commun. Par exemple, créer un cadre d’échanges entre journalistes et FDS. Tandis que l’adjudant Wandaogo souhaite la mise en œuvre d’une « culture de collaboration commune par la compréhension du travail de l’autre ».

Chéri Fatou Dramé (Ouaga FM- Bobo-Dioulasso), Oumar Traoré (Radio Ahmadia- Bobo-Dioulasso)

En bref…

Relations

Le commissaire principal de la commune de Bobo-Dioulasso, Oumarou Songné raconte une petite histoire pour faire comprendre que la corruption est l’affaire de tous. Il n’y aurait pas de corrompu s’il n’y avait pas de corrupteur. Un agent de la police interpelle un usager de la route pour un contrôle. Il lui demande ses papiers.  Ce dernier n’étant pas en règle, va jouer de ses relations qui sont peut-être les chefs de l’agent qui l’a interpellé, pour s’en sortir.

Policier peu civil

Forces de l’ordre et journalistes se sont renvoyé la balle quant aux obstacles et barrières qui obstruent la collaboration entre les deux camps. Moussa Sanon, journaliste à la RTB2, nous raconte une histoire qu’il a vécue. Un automobiliste renverse une femme. Le journaliste témoin de la scène veut prendre des photos de l’accident. Le chauffard, qui est en fait un policier en civil, signale sa présence à des collègues en uniforme. Ceux-ci interviennent en arrachant des mains du journaliste son appareil photo, sans dire un mot. FDS et journalistes toujours ensemble… mais difficile de se comprendre!

A l’école de la corruption

Mohamed Touré, journaliste à Gourma-Rharous (Mali) raconte cette histoire drôle qui n’a pas vraiment fait rire le gendarme et le policier présents à la tribune. Un policier est père de trois garçons qui ont de très mauvais résultats à l’école. Après avoir montré son bulletin de notes à son père, l’aîné ressort en pleurant : « il m’a chicoté ». Même chose avec le second. Le plus jeune, lui, ressort en souriant. Ses deux frères lui demandent pourquoi il est si heureux. Et il répond : « vous avez oublié que papa est policier. J’avais glissé un billet de 1000 francs dans mon bulletin…»

Echos rédigés par Marietou Macalou (Radio Kayesienne-Kayes), Kadia Mahamane Touré (Radio Bouctou FM-Tombouctou), Mahamadoun Guindo (Radio Issaber-Niafunké)

La radio, relais de la tradition orale

Aujourd’hui 13 février est la Journée mondiale de la radio avec pour thème « Dialogue, tolérance et paix ». Ce qui justifie, en deuxième partie de cette 3e journée du FIRAF, la communication de Hyacinthe Sanou Méda, ex-journaliste, professeure de journalisme et ancienne Déléguée régionale du Conseil supérieur de la communication (CSC), sur le rôle de la radio dans la consolidation de la paix et de la cohésion sociale.

Après avoir rappelé la place qu’occupe la radio en Afrique en tant que « média idéal pour prendre le relais de la tradition orale des sociétés africaines », Hyacinthe Sanou Méda ajoute que c’est aussi « une arme à double tranchant qui peut se transformer en outil de guerre ou devenir un formidable outil de paix et de cohésion sociale ». Elle estime qu’il faut « agir sur les esprits et le comportement des citoyens en diffusant des messages de paix, en promouvant la culture avec les langues locales, en donnant la parole aux femmes, aux jeunes et aux personnes vivant avec un handicap qui sont rarement sollicitées ».

Pour illustrer ses idées, elle propose de créer des radios s’appelant « Voix de la paix » ou « Vivre ensemble » qui seraient la voix de l’Afrique.

Hyacinthe Sanou Méda met ensuite l’accent sur la formation professionnelle des journalistes en les invitant à respecter trois règles essentielles : le traitement équilibré de l’information, la modération sans jugement sur les actes et les opinions et l’indépendance renforcée par l’esprit critique et l’exactitude des faits.

Elle souhaite enfin que des journalistes centrent leurs émissions sur des thématiques de développement tels que l’éducation, la santé, les droits de l’homme et la culture.

Safiatou Ouédraogo (Radio municipale de Sya-Bobo-Dioulasso), Fatoumata Niang (Radio Issaber-Niafunké)



Que d’eau, que d’eau…

En prélude à la première édition du Festival international des radios d’Afrique francophone (FIRAF), les festivaliers ont visité, dimanche 10 février 2019, le chantier de construction du barrage de Samendéni, à une cinquantaine de kilomètres de la ville de Bobo-Dioulasso. Cette visite était organisée par l’un des partenaires du festival, le Programme de Développement Intégré de la Vallée de Samendéni (PDIS), chargé de la coordination du projet. Son coût global  est estimé à 60 milliards de Francs CFA.

« L’idée de construction du barrage de Samendeni fait suite à la sécheresse des années 1970 », selon le responsable du Service Technique et Développement du PDIS, André Sanou. Depuis lors, des études ont été menées et le projet a vu le jour en 2008 avec le démarrage des travaux. André Sanou indique que la première phase du projet est achevée et que les travaux pour la deuxième phase vont bientôt commencer.

Le PDIS fait partie des grands projets de développement menés par les gouvernements successifs au Burkina Faso. Il est l’un des plus importants depuis l’indépendance du pays. Il s’étend sur deux régions reconnues comme étant les greniers du pays, à savoir les Hauts-Bassins et la Boucle du Mouhoun. Il intègre la mobilisation des ressources en eau, l’énergie, l’agriculture, l’élevage, l’écologie, l’industrie, la pisciculture et le tourisme.

Pour prouver son intérêt, le programme a mobilisé à plusieurs reprises les travaux du conseil des ministres. Ce qui fait de ce projet un enjeu pour le gouvernement burkinabè.

Les travaux ont des impacts importants sur les populations qui vivaient sur le territoire du futur lac de retenue. 45 000 personnes ont dû être déplacées et indemnisées pour la perte de leurs champs et habitations.

Le reportage d’Alhousseini Elhadji (Radio Jamana, Tombouctou)

L’objectif global du programme de développement intégré de la vallée de Samendéni est de retenir 1,5 milliard de m3 d’eau pour l’irrigation agricole et la production d’électricité, en vue de contribuer au développement socio-économique et culturel durable de cette région à fort potentiel économique. De manière spécifique, le programme devra permettre d’assurer la croissance du secteur rural ; de renforcer la sécurité alimentaire du Burkina Faso ; de lutter contre la pauvreté ; de protéger l’environnement et de développer le secteur agro-industriel et touristique.

Romuald Dofini (Radio municipale de Sya, Bobo-Dioulasso)U